Le froid ne vous cueille pas seulement par les épaules. Il glisse par vos gestes, s’invite dans vos pauses, s’insinue via l’humidité que vous transportez sur votre peau et dans vos couches. En randonnée, la chute de température corporelle est souvent la conséquence de micro-erreurs accumulées depuis le départ: un départ trop rapide, une couche gardée trop longtemps, une pause prise au mauvais endroit, un rocher humide pour s’asseoir… Sur le terrain, ce ne sont pas forcément vos vêtements qui déçoivent, c’est votre stratégie thermique qui laisse filer des calories au vent.
Oubliez l’idée qu’un gros blouson résout tout. Pensez plutôt “système”: vous, l’effort, l’air, l’eau et le sol. Quand on observe une journée type de randonnée hivernale, on voit un cycle clair: on transpire en montée, on se refroidit en crête, on grelotte en pause, on surcompense en repartant trop vite. Le secret est ailleurs: orchestrer la chaleur que vous produisez, canaliser l’humidité et neutraliser le vent. Nous avons passé des heures à tester ces enchaînements pour démêler les erreurs qui font, silencieusement, chuter votre température corporelle.
- Partir trop couvert et transpirer dès les premières minutes
- Oublier d’ouvrir/fermer les ventilations en fonction du terrain
- S’arrêter exposé au vent pour une “courte” pause qui s’éternise
- Ne pas manger avant d’avoir froid, puis avoir du mal à se réchauffer
- Sous-estimer l’effet cumulatif de l’humidité (transpiration + brouillard)
- Porter du coton au contact de la peau (éponge froide assurée)
- S’asseoir directement sur le sol froid ou un rocher humide
- Serrer trop les chaussures: moins de circulation, pieds glacés
- Boire trop peu: déshydraté, votre moteur thermique cale
Ce qui vous refroidit vraiment: Le trio effort, humidité, vent
Le vrai juge de paix, c’est l’alliance entre votre effort, l’humidité et le vent. Dès les premières pentes, vous fabriquez de la chaleur. Bien. Mais si vous êtes trop couvert, cette chaleur se transforme en transpiration, qui humidifie votre couche de base et vos isolants. À la première rafale en crête, cette humidité devient un aspirateur à calories: la convection emporte la chaleur, l’évaporation en réclame encore. Résultat: vous grelottez malgré une doudoune de qualité. Sur nos tests terrain, le scénario est immuable: les marcheurs qui gèrent finement leurs couches avant la montée et “ferment” le système avant la pause restent confortables plus longtemps, pour un matériel identique.
À noter :
Le facteur vent grossit toutes les erreurs. Une petite sudation en forêt devient une vraie punition sur une crête balayée: l’air emporte la chaleur et accélère l’évaporation. Anticipez le passage au vent en fermant la couche coupe-vent ou en enfilant un gilet isolant sec juste avant d’y entrer, pas après avoir commencé à grelotter.
Techniquement, le corps perd sa chaleur par quatre voies: conduction, convection, évaporation et rayonnement. Sur les sentiers, vous luttez surtout contre la convection (vent), la conduction (sol froid via vos fessiers et vos pieds) et l’évaporation (votre sueur). L’humidité est l’ennemi public n°1: une couche de base mouillée colle à la peau et draine continuellement de l’énergie pour évaporer l’eau. D’où l’intérêt d’une première couche en laine mérinos ou en synthétique hydrophobe, qui évacue mieux l’humidité qu’un T-shirt en coton. La coupe-vent? Son rôle est clé: elle casse la convection, stabilise le microclimat autour du corps et permet à vos isolants (polaire, doudoune) de travailler. Autre point souvent ignoré: la conduction. S’asseoir deux minutes sur un rocher glacé, c’est offrir un raccourci thermique au froid. Un simple carré de mousse ou un matelas replié change tout. Enfin, pensez aux extrémités: une bonne partie de l’inconfort vient des pieds et des mains. Des chaussures trop serrées compriment la circulation et sabotent l’isolation; des gants humides, c’est la double peine évaporation + vent. Ouvrez/fermez, respirez mais ne vous épuisez pas: ventilez en montée, encapsulez en crête, nourrissez-vous avant la pause, et créez une barrière sous vous dès que vous vous arrêtez.
Stop aux pauses glaciales: Ritualisez vos arrêts
Nous avons pris l’habitude d’une routine simple, efficace, facile à reproduire. Trente mètres avant l’endroit choisi pour la pause, on ralentit, on enfile une couche chaude sèche (doudoune ou gilet synthétique) sous la coupe-vent, on met le bonnet, on desserre légèrement les chaussures. Une fois arrêté, on s’assoit sur une mousse ou un sac étanche rempli de vêtements, on mange et on boit immédiatement, puis on repart dès que la sensation de chaleur commence à redescendre. Ce timing évite de plonger dans le “trou froid” qui rend la reprise pénible.
Erreurs fréquentes en test terrain: Comment les éviter simplement
- Moduler tôt: enlevez une couche dans les 5 premières minutes si vous chauffez
- Ventiler en montée: zips ouverts, poignets desserrés, col dégagé
- Encapsuler avant la pause: doudoune + coupe-vent, bonnet, gants secs
- Manger/boire avant d’avoir froid: petites portions denses et régulières
- Isoler du sol: mousse, sit pad ou sac gonflé, jamais rocher nu
- Soigner les pieds: chaussettes sèches, serrage modéré, éviter l’humidité
Le froid en randonnée ne pardonne pas les approximations, mais il récompense la méthode. Traitez votre équipement comme un tableau de bord, pas un “on/off”: une coupe-vent n’est utile que si elle coupe le vent au bon moment; une couche isolante n’isole vraiment que si elle est sèche; un geste anodin (ouvrir un zip, mettre un bonnet, glisser une mousse sous vous) rompt la mécanique de la déperdition. En jouant avec l’effort, l’humidité et l’air, vous garderez la main sur votre température corporelle. Et vous découvrirez qu’au cœur de l’hiver, la randonnée n’est pas une lutte contre le froid, mais une chorégraphie simple qui maintient la chaleur là où elle doit rester: en vous.
Randonnée